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Sucres rapides/sucres lents : il faut rééquilibrer le régime économique de la maison France

La politique économique poursuivie depuis 10 ans, et son volet exonération de charges, tend à privilégier les bas salaires, comme le confirme le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (le CICE, sur lequel 20 Mds€ sont affectés). Ce principe est au premier regard logique, et porteur sur le plan politique. Ces sont ces emplois qui sont fortement touchés par le chômage de masse, alors que le taux de chômage des diplômés/cadres est plus  faible. Enfin, cela permet de maintenir en vie des entreprises aux marges asséchées par la crise.

Cette politique produit du « sucre rapide » exclusivement; elle n’apporte pas une meilleure compétitivité et à terme affaiblit même la création d’emploi quel que soit le niveau de qualification. Pourquoi ?

 

D’une part, la majorité  des emplois à faible qualification sont liés à la demande résidentielle, à des fonctions de services à la personne qu’elle soit privée (restauration, loisirs, commerce, service,..) ou publiques, l’ensemble comptant pour 75% des emplois. Si la demande (pouvoir d’achat) est faible, ces emplois repartent plus difficilement à la hausse, une faible part de la baisse du coût du travail étant généralement répercutée en augmentation de  salaire.

 

D’autre part, cette politique n’apporte rien à notre compétitivité, c’est à dire à notre capacité à exporter des produits ou services. Car la réduction du coût du travail  (capée à 1,6 fois le SMIC pour les allègements Fillon et à 2,5 le SMIC pour le CICE) touche comparativement beaucoup plus faiblement l’industrie manufacturière ou les services associés, susceptibles de créer des  offres  à forte valeur ajoutée, et visant à mettre de l’immatériel autour d’un produit ou d’un service.

 

La  part des services externalisés dans l’élaboration et la valorisation d’un produit est en effet de plus en plus importante. Il s’agit de la R&D, du design, de l’ingénierie, du design, du conseil, de la communication, toutes fonctions qui concourent au  renforcement des capacités concurrentielles de chaque entreprise. Ce sont 1,5 millions d’emplois à forte élasticité à la croissance.

 

En somme, la France, malgré les discours, ne se donne pas les moyens d’augmenter sa compétitivité hors coût, « un sucre lent » certes, mais qui donne sur le moyen terme un avantage compétitif. Or plus d’exportation, c’est plus de recettes, plus de pouvoir d’achat pour les dépenses résidentielles. Notre priorité devrait être  d’augmenter en valeur ajoutée le contenu de notre offre qui est positionnée dans le moyen de gamme, le secteur le plus difficile en période de crise; pas assez attractif pour les personnes ou pays  à fort pouvoir d’achat, trop cher  pour les pays ou personnes à pouvoir d’achat contraint.
Les études auprès des importateurs montrent cette faiblesse persistante en matière de design, de service autour du produit, d’innovation… L’ampleur de la réduction du coût du travail en France ne permettra pas de s’ajuster sur  les produits d’entrée de gamme. Pour pouvoir investir sur la compétitivité hors coût, il faut que les emplois qui y concourent comme ceux du numérique, de l’ingénierie, du conseil, de la communication et bien d’autre métiers de production intellectuelle ne souffrent pas des mêmes maux que les métiers de production manufacturière.

 

Or les activités de production intellectuelle souffrent d’un déficit de compétitivité nettement supérieur encore à celui des activités de production manufacturière, par rapport à nos compétiteurs européens : près de 16 points de surcoût (taux apparent de charges annexes au salaire,) contre « seulement ! »  11 points d’écarts pour l’industrie, alors que l’écart sur les secteurs à bas salaires s’est réduit considérablement. Deux mesures sont donc urgentes : créer un observatoire multipartite de la compétitivité hors prix et rendre nos activités de services à valeur ajoutée compétitives, en consacrant la baisse de coût du travail à venir aux salaires à plus forte qualification (jusqu’à 3,5 fois le SMIC, soit une très grande partie de cette population).

 

La France ne pourra prétendre à augmenter sa compétitivité hors coût si elle continue à faire le choix de la faible valeur ajoutée.  A l’heure où la France tire sa dernière cartouche (10 Mds€ hors CICE) faute de marges de manœuvre financières, il importe de ne pas se tromper de cible ou de saupoudrer encore nos efforts.

 

Loin d’être antinomique, combiner « sucres rapides » (baisse du coût du travail peu qualifié déjà engagée) et « sucres lents » (augmentation de la compétitivité hors prix avec des activités  de production intellectuelle compétitives, en maximisant l’impact de nos dernières ressources) contribuera à redresser notre compétitivité et à créer des emplois résidentiels induits. Réorienter notre régime économique à l’approche de l’été est un choix historique.

Posté par lesimmaterielsactifs.com
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