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Ce n’est pas le capital qui manque !

Jean de La Fontaine écrivait dans Le Laboureur et ses Enfants (Fables, Livre V,  9) : « Travaillez, prenez de la peine : c’est le fonds qui manque le moins ».

 

Selon la théorie économique classique, les capitaux alimentent le capitalisme. Ainsi la Réserve Fédérale américaine injecte de plus en plus d’argent dans l’économie. Les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas. La France, comme d’autres pays européens, emprunte certains jours à des taux négatifs.

Pourtant, malgré cette abondance de liquidités alimentée par les Banques centrales, une grande partie des entreprises françaises et européennes souffrent d’une capacité de financement insuffisante.

 

Des milliards de dollars de liquidités dorment dans les sociétés les plus importantes du monde, et dans les fonds de capital-investissement. La dette, naguère très recherchée pour son effet de levier, s’est enfermée dans un cercle vicieux. Les évolutions de business model (internet, développement durable, économie de la fonctionnalité …), en rationalisant les chaînes de valeur, débloquent des capitaux autrefois prisonniers des bilans des entreprises (les immobilisations, les infrastructures, les machines…), sans que rien ne viennent les remplacer à l’actif. Nombreuses sont les assemblées et conseils d’actionnaires qui préfèrent utiliser les profits additionnels pour augmenter les dividendes, voire décider des rachats d’action, plutôt que d’investir dans l’appareil productif.

 

Tout se passe comme si le capital financier existait, de manière bien réelle et massive, mais restait « en lévitation », avec des détenteurs incapables de les orienter vers là où l’on a le plus besoin de lui, là où cela « fait sens ».

 

Si le capital financier est abondant et peu onéreux, c’est la ressource – humaine et matières –, qui devient rare. Rareté des matières premières, des énergies, des talents, … Par exemple, une stratégie purement « mimétique », c’est-à-dire éloignée du patrimoine immatériel existant, pourra être efficace sur son marché, mais au prix d’une voracité en ressources « premières », elle-même ni responsable, et ni durable.

 

Aujourd’hui, les économies occidentales se retrouvent dans un dilemme macro-économique. En situation d’abondance de liquidités et de sous-activation chronique des actifs immatériels (savoir-faire, réputation, marque, modes de gouvernance …) de leurs Etats, territoires et entreprises, continuer de mesurer l’efficacité des capitaux financiers condamne l’investissement dans l’immatériel, au prétexte ce dernier se traduirait par une baisse de la profitabilité.

Que faire ? Sortir de l’erreur qui consiste à déverser encore des capitaux dans un océan de capitaux. Redonner du sens à l’investissement. Cesser de se focaliser sur le résultat immédiat. Modifier les indicateurs de création de valeur. Orienter l’épargne vers les « vrais » projets : incarnés, inspirés, territorialisés, éco-systémiques, collaboratifs, dynamiques et bien gouvernés. Des projets où les modes de création et partage de la valeur excluent toute forme de rente.

Actionnaires, dirigeants, cadres d’entreprise, votre travail, votre énergie, votre génie parfois, ne doivent pas craindre d’être improductifs. Si ce n’est pas le capital qui vous manque, ne serait-ce pas l’envie et le courage de réinvestir les forces immatérielles de vos organisations ?

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